Au matin du 8 décembre 1790, un couple de paysans de Pleurtuit, un clerc de notaire se rendant à Dinard et deux colporteurs quittant le Clos-Poulet patientent à la cale de la Passagère.Le froid est vif, piquant.Il flotte au-dessus de la rivière de la rivière une couche de brouillard, grisatre, et cotoneux.Ils attendent d'embarquer pour "l'autre coté de l'eau" , à destination de La Jouvente, sur la rive gauche de la Rance. Le paysan fait retentir la cloche d'appel à plusieurs reprise, nerveusement. De longues minutes s'écoulent,sans que le passeur ne se manifeste .
A court de patience, les colporteurs s'en viennent tambourriner à la porte de la demeure.Celle -ci reste close. A l'intérieur, tout est silence. Inquiets,ils parviennent à forcer la porte et découvrent, horrifiés , le corps ensanglanté d'un homme, la tete littéralemment dechiquetée. A ses cotés,deux femmes,un garçonnet et une fillette, agés d'à peine 10 ans,baignent dans leur sang. Malgré la raideur cadavérique des suppliciés, les crimes semblent récents.
Alors qu'un des colporteurs cavale prévenir la maréchaussée, tout à coup,au fond de la pièce principale du rez-de-chaussée, un bruit fit sursauter l'assemblée.Le bruit vient d'un entassement de longues planches de bois, enchevetrées de guingois.Une petite fille, 4 ou 5 ans maximum, apparait,Sur son visage se lit l'effroi.
Moins d'une heure plus tard, la Passagère est aux mains des forces de l'ordre et de la justice.Jean Le Gall,originaire de Plounevez près de Tréguier et exerçant la profession de passeur, son épouse,Guillemette Ruche, la domestique agée de 22 ans , Jean et Guilemette, deux de leurs enfants, ont été victimes d'un assassiant collectif.(très probablement lié à la contrebande de tabac).
L'affaire sera placée dans les mains du tribunal de Saint-Malo.On arreta en 1791 un dénommé Pierre Garçon, batelelier agé de 58 ans, demeurant quai Trichet.Il sera accusé d'avoir participé, en compagnie de trois complices demeurés introuvables, au massacre de la famille Le Gall.
Condamné à mort, il fera appel et sera finalement relaxé.il mourra à Saint- Servan en 1808. Le crime ne fut jamais élucidé.